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Comment résister à la sédentarité ?

Temps de lecture : 10 min.

Par Nelly Razakariasa, Consultante en communication scientifique

Alors que certains sports comme le fitness et la course à pied connaissent une croissance record, les dernières études sont formelles : la sédentarité et l’inactivité physique n’ont jamais été aussi élevées à l’échelle mondiale.

Pourquoi ce paradoxe ? Cela fait plusieurs décennies que médecins et scientifiques alertent sur les conséquences de la sédentarité sur la santé des populations. Un phénomène que l’on associe désormais à plus de 35 maladies chroniques parmi lesquelles le diabète de type II, l’insuffisance veineuse, les cancers et de nombreuses pathologies cardiovasculaires.

Aucune tranche d’âge n’est épargnée : les effets délétères de la sédentarité s’observent aussi bien chez les enfants et les adolescents, que chez les jeunes adultes et les seniors. Un constat alarmant d’autant plus que les bénéfices de l’activité physique sur la santé sont bien connus.

Comment en est-on arrivé là ?

En l’espace de 50 ans, notre activité physique a été bouleversée par le monde moderne, nous poussant à évoluer dans des espaces urbains qui optimisent toujours plus notre temps et nos déplacements. Partout dans notre environnement, escalators, ascenseurs, trains, voitures nous invitent à privilégier une position assise et répétée sur un temps plus ou moins long. Ce rapport au déplacement entretient nos habitudes sédentaires

qui menacent sans cesse notre santé. Les différents épisodes de confinement liés à la pandémie de covid-19 n’ont fait qu’aggraver une situation sanitaire déjà fortement dégradée, renforçant les niveaux d’inactivité physique et d’isolement social. Six ans plus tard, les conséquences de la pandémie sont encore palpables, notamment par cette tendance à “rester chez soi” que l’on observe encore dans de nombreux foyers1.

À cela s’ajoute l’inégale répartition d’aménagements sportifs dans les communes urbaines et rurales, sans oublier les facteurs économiques et sociaux qui entravent l’accessibilité aux activités physiques, en particulier pour les classes populaires. L’addiction aux écrans et les troubles alimentaires viennent également exacerber les comportements sédentaires, en particulier chez les adolescents, dont l’inactivité physique a augmenté de 30 minutes par jour en 15 ans2.

L’inactivité, un fléau multiforme

Notre « tendance naturelle au moindre effort » ne date pas d’hier. Toutefois, elle met à mal notre organisme, dont le bon fonctionnement dépend essentiellement de notre capacité de mouvement. Courir, marcher, danser autant de fonctions motrices vitales au corps humain comme le rappelle le cardiologue François Carré du CHU de Pontchaillou, cofondateur de l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (ONAPS) :  

« Nous sommes programmés pour bouger. Génétiquement, nos gènes ne fonctionnent que si l’on bouge. »

Pr. François Carré
Physiologiste cardiovasculaire et cardiologue du sport
spécialiste des questions de santé sur la Sédentarité

Extrait vidéo Youtube : Sédentarité et inactivité physique, quelles conséquences ?
Radio Télévision Suisse, 4 juin 2024.

Mais on ne peut parler d’activité physique sans évoquer la circulation sanguine, à travers laquelle les effets de la sédentarité se font ressentir. En effet, l’absence d’effort physique régulier conduit à un dysfonctionnement des veines et des vaisseaux, qui perdent progressivement l’habitude de s’ouvrir et de se fermer faute de variation du flux sanguin. Or, cette fonction veineuse est essentielle pour assurer une bonne distribution du sang et de l’oxygène vers nos différents organes et cellules. L’altération du réseau veineux peut ainsi provoquer des maladies chroniques comme l’insuffisance veineuse avec l’apparition de varices et/ou de formes plus graves comme la phlébite et l’embolie pulmonaire.

Les varices

Ce sont des veines dilatées et tortueuses dues à l’altération des valves, (clapets permettant l’orientation du flux sanguin dans les veines). Les varices s’observent principalement au niveau des jambes.

L’embolie pulmonaire

Il s’agit de l’obstruction d’une artère pulmonaire souvent causée par un caillot sanguin. Cela provoque un dysfonctionnement de l’oxygénation du corps et de la circulation sanguine.

« L’épidémie de sédentarité » a amené certains États comme la France a désigné l’activité physique et sportive comme « Grande cause nationale ». Le pays a notamment profité des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, pour lancer un programme de santé publique visant à « sensibiliser la population à l’importance pour la santé de la pratique régulière d’une activité physique, à tout âge, tout au long de la vie. » 3

« Le mouvement, c’est la vie. »

Si certaines situations la rendent inévitable, il est primordial de pouvoir alterner les positions statiques (assis comme debout) avec des mouvements simples et adaptés à différents moments de la journée. Il en va de notre santé physique, certes, mais aussi de notre santé mentale car, rappelons-le, l’activité physique est aussi un remède efficace contre le stress, la dépression, les pertes de mémoire ou l’isolement.

Et qui dit se mouvoir, dit “Every move counts” *. Ce slogan de l’OMS nous rappelle que l’activité physique ne se résume pas qu’à la salle de sport. Elle se retrouve également dans les loisirs, les espaces de vie et de travail ; tous les petits gestes qui font notre quotidien et qu’il nous est possible d’intégrer à nos habitudes. Privilégier les escaliers, se déplacer à vélo, effectuer des promenades à pied chaque semaine, toutes les initiatives pour parvenir à être plus actif sont bonnes à prendre.

Plus d’activité physique dans la vie de tous les jours, un challenge relevé pour Mario, jeune influenceur lorientais devenu adepte de la marche depuis quelques mois : 

* « Chaque mouvement compte »

« Au départ, c’était un besoin de bouger, de me reconnecter à moi-même et à mon environnement. La marche m’a semblé être une activité douce, accessible et idéale pour reprendre en main ma santé sans pression. »

Mario Le Masson
(@lequotidiendemario)

Le plaisir pour mieux se motiver.

C’est une réalité : nous ne sommes pas tous égaux face à la capacité de pouvoir maintenir notre forme physique au quotidien. Certaines habitudes nous ancrent dans des routines qu’il est difficile de rompre, et ce, même lorsque l’on a conscience qu’elles sont mauvaises. Alors que faire pour concrétiser les bonnes résolutions de début d’année ? Comment passer des paroles aux actes ?

En France, de récentes recherches se sont penchées sur le sujet en s’intéressant à l’importance du plaisir dans les prises de décisions liées aux activités physiques et sportives. Selon leurs analyses, l’efficacité des campagnes de santé publique incitant à se dépenser ne seraient pas suffisamment impactantes pour adopter un mode de vie plus actif. Cela s’expliquerait par une mise en avant systématique de la santé comme principal

argument positif, au détriment du plaisir que l’on peut ressentir. Or, apprécier ces moments pour soi semblerait déterminant dans le maintien d’une activité physique sur le long terme. Un aspect sur lequel Silvio Maltagliati, Maître de Conférences en STAPS à l’Université Bretagne Sud invite à réfléchir : « il y a fort à parier que les bénéfices de l’activité physique sur la santé soient proportionnels au plaisir que celle-ci procure.4 »

« Joindre l’utile à l’agréable » et si ce vieil adage disait vrai ? C’est du moins le pari que certains centres sportifs se sont lancés avec l’émergence de nouvelles activités comme le Kangoo Jumps. Cette discipline propose de faire des sessions de fitness avec des bottes à ressort pour rendre les exercices plus ludiques et plus énergiques. Conçues au Canada dans les années 1990 pour la rééducation sportive, ces bottes connaissent désormais un grand succès dans les salles avec de nombreux adeptes de tous les âges et de tous niveaux. 

Sujet suggéré :

Les données sportives incitent-elles à maintenir une activité physique régulière ?

Les objets connectées ont conquis les milieux sportifs professionnels et amateurs grâce à leur capacité à pouvoir suivre les performances obtenues au cours d’une activité physique régulière. Fièrement partagées sur les réseaux sociaux et les applications sportives, les données récoltées sont souvent ventées comme un moyen efficace de se mettre au sport, en rendant la récompense des efforts concrète et quantifiable.

Mais derrière ces résultats chiffrés et cet « appareillage du sportif 2.0 », quel est le réel impact du suivi des performances sur la régularité et la motivation à l’effort dans le cadre d’une activité physique et sportive ?

Un sujet à poursuivre avec l’article Vélo, running : à quoi servent les montres connectées ? disponible sur The Conversation.

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POUR ALLER PLUS LOIN :

1 Voir l’étude : Morris, E. A., Speroni, S., & Taylor, B. D. (2024). Going Nowhere Faster: Did the Covid-19 Pandemic Accelerate the Trend Toward Staying Home? Journal of the American Planning Association, 91(3), 361–379. https://doi.org/10.1080/01944363.2024.2385327

2 S. Maltagliati, B. Cheval, L. Fessler, M. lebreton et P. Sarrazin, Pourquoi mettre en avant ses bénéfices pour la santé ne suffit pas à promouvoir une activité physique régulière ?, The Conversation, 30 novembre 2022.

3 Ministère du travail, de la santé, des solidarités et des familles (26/02/2025). Activité physique, sédentarité et santé.

4 Extrait de la conférence du 22 avril 2025 :  “Promouvoir l’activité physique : du pourquoi au comment ?” de Silvio Maltagliati, Planète conférences, Université Bretagne Sud, Lorient. Lien vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=U77qACFOysc